SOS-Nature

Le cloisonnement du réseau Laurentien (février 1995)


Lieu, date 

 

Club de plein air de Val-David 

2510, rue de l'Église 

Val-David, Qc. 

J0T 2N0 

 

Att: M. François Lefebfvre, 

Président 

 

Objet: Station touristique Val-David/Val-Morin 

 

Monsieur, 

Par la présente, nous désirons vous faire part de nos impressions, suite à la création de la Station touristique Val-David / Val-Morin.

Si à prime abord il est possible de se réjouir de la protection du territoire que semble vouloir assurer votre projet, il en va autrement concernant la tarification exigée pour avoir accès aux pistes de ski de randonnée.

Dans un article signé par M. Gilles Bourcier, paru dans La Presse du 29 décembre 1994 et dans lequel il était vantés les mérites de votre nouvelle station, celui-ci soulignait que "les sentiers tels la Maple Leaf, la Gillespie, la Whizzard et la Munson, entre autres, les plus anciens sentiers du Québec, avaient été ouverts sans la moindre restriction". Où retrouve-t-on cette philosophie dans le projet de votre station touristique? Il n'est pas acceptable de s'approprier ainsi des pistes qui font partie du patrimoine de tous les Québécois.

Quant au rêve qu'exprimait, dans ce même article, M. Bourcier de voir "d'incroyables randonnées" entre les villages des Laurentides, il est déjà réalité. C'est exactement ce que notre club offre à ses membres depuis 45 ans. Cependant, cette réalité d'un grand nombre de skieurs est mise en péril par le cloisonnage des pistes effectué, l'an dernier, par le Far Hills et auquel vous avez adhéré lors de la création de la Station touristique Val-David/Val-Morin.

Depuis plus de 25 ans, le CMC a un programme automnal d'entretien des pistes visant justement à maintenir ouvert les corridors existants entre les différents villages et municipalités des Laurentides. Parmi les pistes sur lesquelles travaille régulièrement notre club on retrouve, entre autres, La Fleur de Lys (de Ste-Agathe à Ste-Adèle via Val-David), la Western (de Ste-Agathe à Morin Heigths), La Nantel (du Lac aux Quenouilles au pavillon touristique de Ste-Agathe), la Johannsen-Est (du Lac Dauville à Prévost), La Legault et la Montagne Noire à Ste-Lucie, etc. Encore, au cours des toutes dernières années, nous avons effectué des corvées sur la Gillespie et la Munson. Jamais nous est-il venu à l'esprit de demander dédommagement pour le temps de nos membres et les argents investis par notre club. Vous comprendrez donc que nous ne soyons pas pleinement d'accord sur la façon dont on "gère" actuellement "le produit d'hiver "de la station.

En effet, s'il est compréhensible que l'on réclame un coût pour l'accès à un réseau créé de toute pièce, il en va autrement en ce qui concerne votre station dont plusieurs pistes importantes sont à l'origine de l'histoire du ski dans les Laurentides. À tout le moins, votre station devrait revoir à la baisse la tarification actuellement en vigueur. D'ailleurs, la perception d'un coût pour le stationnement des véhicules serait plus facilement acceptable à l'ensemble des skieurs. De plus, dans l'élaboration de votre projet, vous n'avez pas tenu compte que les skieurs de longue randonnée "backcountry" doivent parfois croiser, ou utiliser comme "échangeur", des pistes que vous avez incluses à l'intérieur du périmètre de la station. Est-ce normal d'exiger de ces personnes le même tarif que si elles y skiaient toute la journée? Il est impératif de rétablir la libre circulation sur les axes principaux de la Maple Leaf et de la Gillespie et de permettre la libre communication entre la Munson et la 10 Lacs.

Aussi, on ne retrouve plus, dans des pistes d'une largeur excessive le sentiment de communier avec la nature. C'est pourquoi, la tangente "autoroute" prise concernant l'aménagement du réseau devrait être corrigée. Ceci permettrait que les pistes retrouvent leur cachet originel et, par la même occasion, d'atténuer les coûts d'aménagement lesquels, paraît-il, justifient la tarification exigée.

Bien que, sur le fond, nous appuyons votre projet nous ne sommes en complet désaccord quant à la forme qu'il revêt au niveau de la tarification. N'oublions pas qu'à l'origine il devait, non seulement, assurer la PROTECTION DU TERRITOIRE, mais être à la fois un CATALYSEUR DE L'ÉCONOMIE RÉGIONALE. Le premier objectif semble en voie d'être atteint. Cependant, votre projet nous semble dévier de son objectif second, à cause d'un certain agent économique paraissant actuellement imposer ses vues de manière à s'approprier la part du lion des retombées attendues. Il faut bien l'admettre, on est encore loin de l'esprit de Johannsen et de Gillespie auxquels il est fait allusion dans vos communiqués de presse et publi-reportages.

 

Signature, 

adresse 

 

P.S. Le Club de Montagne le Canadien inc. (CMC) fondé en 1949, dans les Laurentides, était à l'origine un club d'escalade. Pour cette raison, la région de Val-David/Val-Morin a été, à ce jour, un endroit privilégié par le club et ses quelque 250 membres. Nous aimerions qu'il puisse en demeurer ainsi. 

 

C.C. Municipalité de Val-David 

Municipalité de Val-Morin 

La Presse